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Critique La Fin d’Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être

Huit ans après Under the Silver Lake, David Robert Mitchell revient avec un thriller fantastique au bon goût de jurassique. La Fin d’Oak Street, c’est la rencontre entre la banlieue américaine des années 80 et des dinosaures. Quant à l’association des deux…

Il y a dix ans, le pas si petit monde cinéphile découvrait le nom de David Robert Mitchell, réalisateur atypique racontant les affres de l’adolescence par le prisme de l’horreur avec It Follows. Deux ans plus tard, il embarquait Andrew Garfield dans un thriller conceptuel où le film noir rencontrait la satire hollywoodienne dans Under the Silver Lake. Et puis plus rien. Plus aucune nouvelle du monsieur hormis des échos de projets avortés ici et là, et une suite d’It Follows, They Follow, en préparation. Mais la rareté fait genre, et DRM change encore de registre pour s’attaquer à ce qui fait frétiller la moindre personne censée depuis 1993 : les dinosaures.

Mais qu’est-ce que c’est que ce film ?

Un domaine qui semble aujourd’hui réservé à deux “franchises” : la saga Jurassic devenue World et les bonnes grosses séries Z où, en général, le dino moche affronte le requin géant moche. On est donc plus que ravis de voir le bonhomme tenter de dynamiter cette zone protégée avec son style. D’où un certain engouement pour La Fin d’Oak Street.

Critique La Fin d'Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être
© Warner Bros

Engouement que l’on a peut-être davantage que Warner Bros, puisque le film n’a pas une campagne marketing folle malgré le sujet, sans compter l’usage de l’IA sur les dernières vidéos, comme si le studio ne savait absolument pas comment le vendre. D’un côté, on comprend, tant le film n’a rien à voir avec les autres blockbusters avec du dino. De l’autre côté, pour une fois qu’on a une œuvre originale, d’autant plus quand on connaît le succès des derniers films Warner dans ce domaine (Sinners par exemple), il est dommage de ne pas oser !

Dans une banlieue pavillonnaire de l’Amérique des années 80, un événement cosmique transporte tout le quartier et ses habitants à l’ère du Jurassique. Alors que les dinosaures commencent à envahir les rues et les maisons, la famille Platt, déjà au bord de la rupture, tente de se serrer les coudes pour survivre.

Le début de la fin d’Oak Street ?

Pour les réfractaires au style du cinéaste, ce que l’on entend parfaitement, rassurez-vous, La Fin d’Oak Street est sans doute ce qu’il a fait de plus accessible, sans se trahir. Le scénario est assez classico-classique sur le principe, loin de ses oeuvres précédentes : une famille désolidarisée doit parvenir à communiquer à nouveau face à une menace extérieure. La suite des événements ne va être qu’une succession de déjà-vu (dans une multitude de contextes différents) et le réalisateur-scénariste se paie même le luxe d’empiler plusieurs facilités, dont un dernier acte bien trop “simple”. Comme si, après avoir séduit le cinéphile, Robert Mitchell voulait à présent séduire le tout-public.

Critique La Fin d'Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être
© Warner Bros

Cela peut donner la sensation que le cinéaste ne parvient pas à aller au bout de toutes ses idées, comme s’il n’osait pas franchir certaines limites, comme s’il manquait d’audace. Il y a des dinosaures, une famille effrayée, comment on combine les deux et, surtout, comment on parvient à construire son propos tout en répondant aux exigences des grosses créatures préhistoriques ? Au fond, David Robert Mitchell se retrouve face à la même problématique que Jurassic World : Le Monde d’après. Mais là où le troisième opus faisait finalement machine arrière, le réalisateur d’It Follows décide d’embrasser son idée, coûte que coûte. On aurait tendance à appeler ça du courage.

L’envol des dinos

D’autant qu’il est indéniable que le cinéaste sait comment créer une ambiance avec ses armes. Rarement on a vu un projet avec des dinosaures manier aussi bien le tragi-comique où le frisson (il y a des scènes particulièrement stressantes) laisse place au second degré avec ce petit côté film d’aventure familial, voire ridicule. Au fond, on a l’impression qu’il a réussi à capturer l’essence des films Amblin (Jurassic Park, Les Gremlins, Retour vers le futur…) où on peut vouloir faire du cinéma tout en créant du divertissement familial. Pas étonnant pour quelqu’un qui a toujours aimé regarder l’industrie en marche arrière, avec un brin de nostalgie.

Critique La Fin d'Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être
© Warner Bros

Cela se ressent notamment dans son utilisation de l’objet préhistorique. Depuis Jurassic Park, on a largement admis une vision erronée de l’apparence des dinosaures, dont il a été prouvé pourtant qu’ils tenaient plus de l’oiseau que du reptile. Au risque d’en déconcerter plus d’un, La Fin d’Oak Street prend le parti d’une direction artistique plus en phase avec la réalité scientifique et d’emplumer ses créatures d’un autre temps. Bien lui en a pris puisque cela lui offre une personnalité unique au milieu de ce fameux récit un poil redondant. On ne fait pas que voir des dinosaures, on les redécouvre.

Une grande tendresse pour ses personnages

L’autre facette de cette personnalité, c’est dans son rapport à l’humain. Jurassic World ne parvenait pas à faire coexister l’humain avec le dino, tout simplement parce que l’exigence du grand spectacle est plus forte que la profondeur émotionnelle (le T-Rex est et restera LA star des films). La Fin d’Oak Street n’est pas un film de dinosaures, c’est un film sur une famille et le Jurassique n’est qu’un prétexte pour rendre ça plus fun. David Robert Mitchell ne lâche jamais ses protagonistes du regard et leur relation est le véritable moteur de l’intrigue. Le film évolue non pas dans la survie face à un facteur X, mais dans le dialogue et l’écoute de nos quatre héros. Vous ne voulez plus communiquer ? Okay, alors dinos ! Une séance de psy avec beaucoup, beaucoup de dents. À ce jeu-là, plus qu’Ewan McGregor un peu caricatural, Anne Hathaway y trouve l’un de ses meilleurs rôles.

Critique La Fin d'Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être
© Warner Bros

Et il y a une chose que l’on a toujours aimée chez le cinéaste. Rares sont les réalisateurs à profiter autant de l’arrière-plan pour raconter un récit. L’art de l’image est essentiel chez Robert Mitchell et il parvient à rendre intéressant ce qu’il filme autant que ce qu’il met volontairement en arrière. Une simple scène en huis clos peut être dynamisée en mettant l’emphase sur celui qui parle, tout en n’occultant pas la réaction, sur le même plan, de celui qui écoute. La famille Platt ignore la menace ? Pourtant, elle se déplace sur le toit des maisons, chasse… Bref, on n’a jamais la sensation d’un long-métrage immobile, le décor fourmillant de détails bien vivants.

Critique La Fin d'Oak Street : ce que Jurassic World 3 aurait aimé être
© Warner Bros

Alors oui, La Fin d’Oak Street est maladroit plus d’une fois, un brin poussif et les effets spéciaux n’ont pas tous la même qualité. Oui, on sent qu’il lui manque un certain degré d’exigence pour être véritablement LE phénomène qu’il méritait d’être. Mais on ne peut s’empêcher d’avoir apprécié le moment, d’avoir vécu l’expérience auprès de personnages attachants, d’avoir senti une excitation lors d’une séquence d’home invasion (et pas que). Un film qui offre une vraie respiration au milieu des blockbusters, tout en faisant mieux que beaucoup d’entre eux. Que demander de plus ?

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Notre avis

La Fin d'Oak Street est à l'image de son auteur, une curiosité. Une curiosité qui ne va pas plaire à tout le monde, en décevoir sûrement plus d'un venu chercher un simple Jurassic World bis. Des codes qu'il épouse plus que jamais, repousse plus que jamais, pour finalement accoucher d'un long-métrage imparfait, mais terriblement attachant. 

L'avis du Journal du Geek :

Note : 7 / 10

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